28ème Fête du Peuple fouronnais

Discours de Pierre-André Comte, Président du Parlement jurassien,

Député-Maire de Vellerat, Secrétaire général du Mouvement autonomiste jurassien,

Secrétaire général de la Conférence des Peuples de Langue française

 

Monsieur le Président de l’Action fouronnaise,

Monsieur le Président du Parlement wallon, cher José,

Monsieur le Ministre-Président de la Région wallonne,

Messieurs les Ministres, Sénateurs, Députés,

Vous tous en vos titres et qualités,

Chers amis,

Que dire du plaisir d’être parmi vous, sinon qu’il est immense. J’avais hâte de vous retrouver ici, en ce lieu ou nous avons si souvent parlé de démocratie et de volonté militante pour la défense de notre identité culturelle. Chez vous, à Fourons, rien n’est résolu, chez moi, dans le Jura, ça ne l’est pas davantage. Il nous reste toujours à nous battre, à faire valoir notre aspiration à la liberté et au respect de nos droits.

Je vous apporte le salut fraternel de la commune de Vellerat, de même que le message d’amitié du peuple jurassien. La République et Canton du Jura fête ses vingt-cinq ans d’existence, et commémore le trentième anniversaire du plébiscite libérateur par lequel nos districts du Nord ont conquis leur indépendance. C’est donc avec une joie particulière, et en tant que « premier citoyen » de ce pays, que je vous transmets ses sentiments de fraternité et de solidarité.

Je vous dois des informations sur l’évolution de la Question jurassienne. Elles sont plutôt bonnes si l’on considère que nos autorités sont saisies de l’initiative populaire « Un seul Jura », et doivent ainsi se pencher sur une offre de partage de souveraineté avec la partie du Jura sous tutelle bernoise. Elles le sont moins quand on constate que la Confédération reste passive face à la mauvaise foi du Canton de Berne dans son interprétation des accords passés avec l’Etat jurassien il y a dix ans. Elles sont pourtant excellentes si l’on évoque la détermination intacte du mouvement de lutte qui veut réparer l’injustice faite au Jura depuis le Congrès de Vienne.  Vous avez donc devant vous un militant plus décidé que jamais à se battre pour la reconnaissance du droit de libre disposition de son peuple, dont l’aboutissement ne peut être que la réunification du Jura.

Revenons-en aux Fourons. Il paraît, si j’en crois quelques mâles déclarations de votre honorable bourgmestre, que je serais pratiquement « interdit de séjour » chez vous. « Persona non grata » ! Je tremble devant les ukases du chef ! Je frémis devant l’arrogance flamingante ! Et puis, me ressaisissant, je fais parler mon droit, ma liberté, ma légitimité à vous dire que rien ne peut contre la vérité. Croyait-il vraiment, M. Broers, que je m’aplatirais devant son auguste personne ? Pourquoi ne lui avez-vous pas dit qu’alors il se fourvoierait ? Franchement, c’est une plaisanterie ! Notre jumelage reste parfaitement valable. Qu’une majorité prétentieuse déchire notre contrat, peu importe, je la laisse à son ridicule ! Notre solidarité s’en trouve renforcée, nos liens fraternels se resserrent, et l’écho de notre lutte s’amplifie. M. le Bourgmestre travaille comme un beau diable pour nous. Qu’il en soit publiquement remercié.

« Interdit de séjour », je mets cela entre guillemets, bien sûr. Mais quand même. Je suis là, non seulement en tant que maire de ma commune, mais également dans ma fonction de Président du Parlement jurassien. Et un souvenir me revient. Celui de « l’interdit de séjour » chez nous, signifié à José Happart, alors qu’il était bourgmestre, par un ministre bernois et une conseillère fédérale, qui ont d’ailleurs tous deux fini mal. J’en conclus que les mesures d’intolérance dont nous avons été victimes nous ont plutôt valu quelques grands bonheurs et une bonne dose de notoriété, puisque nous voilà tous deux présidents de Parlement ! Citoyennes, Citoyens, réjouissez-vous ! Le jour où vous serez interdits de parole et de séjour pour raison d’engagement militant en faveur du droit des gens, il y a de fortes chances que vous en serez honorablement récompensés. Rebellez-vous contre l’autorité illégitime, le perchoir du Parlement vous tend les bras ! Pardonnez-moi, Monsieur le bourgmestre, mais comme l’impôt entraîne l’impôt, la trivialité engendre la trivialité : les cocus ne sont pas là où on les voit.

Vulgarité même, quand on pense à la manière dont on traite les francophones des Fourons, dont leurs intérêts passent pour quantité négligeable, dont leur appartenance culturelle est vilipendée. Pis que ça, indignité. Mais, oserais-je dire, sans m’attirer les foudres de responsables qui veulent bien passer pour démocrates, à condition que cela ne les oblige pas à respecter l’autre, cet autre si stupide de vouloir conserver sa langue et son histoire !

J’ai entendu des discours sur la « communauté d’intérêt »  des Flamands, des Wallons, des Germanophones et des Bruxellois, dans le cadre de l’état belge. Fort bien, et peut-être les populations aspirent-elles à l’unité, ce qui est parfaitement respectable, mais tout cela ne peut être beau que dans un partenariat où le souci d’équité l’emporte sur l’arrogance du rapport de force. Monsieur le Président du Parlement, je vous remercie au nom de tous les Francophones de clamer haut et fort, ainsi que vous l’avez judicieusement fait dans votre allocution d’hier, que les Wallons ne sont pas des carpettes. Votre vocabulaire, comme votre pensée, sont toujours parfaitement en phase avec notre devoir commun de défendre l’honneur d’être ce que nous sommes. 

Pour une fois, Mesdames et Messieurs les hauts dignitaires politiques wallons et bruxellois, et ma fonction me le commande, j’éviterai les récriminations, dont vous saviez d’ailleurs qu’elles n’étaient qu’expression d’amitié et d’espoir. Juste un appel fort et solennel : n’oubliez pas vos responsabilités à l’égard des Francophones de Fourons. Ne les abandonnez pas à un statut dont vous savez qu’il les conduit à disparaître.

Comme le bourgmestre de Liège l’a rappelé ce matin, il faut pour les Fouronnais le birégionalisme et la fin immédiate des tracasseries administratives. Francophones, nous sommes tout naturellement attachés au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce droit-là est inaliénable et c’est en son nom que nous devons nous battre.

Vive le Jura libre.

Vive Fourons wallons.

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Les textes des autres interventions:

ont été publiés intégralement dans le n° 04/5 de notre publication "LE FORON".