29e Fête du peuple fouronnais

Fouron-Saint-Martin, dimanche 18 septembre 2005

Discours de M. Pierre-André Comte, Député au Parlement jurassien,

Secrétaire général du Mouvement autonomiste jurassien (RJ-UJ) et de la Conférence des peuples de langue française,

ancien maire de Vellerat

Le premier janvier de cette année, j’ai remis, non sans émotion, mon mandat de maire de Vellerat à mon ami et successeur désigné Stéphane Rötheli. Actuellement en voyage en Corse, le nouveau président du Conseil communal vous transmet toute son amitié et vous assure de son indéfectible attachement aux liens de jumelage qui unissent les communes de Vellerat et de Fourons.

J’ai donc passé le témoin après un quart de siècle aux commandes de ce village exemplaire qui a su se battre et obtenir justice ; une terre jurassienne dont on fêtera en 2006, le dixième anniversaire de son rattachement à la République et Canton du Jura ; un morceau de patrie qui a toujours pu compter sur la fidélité active de ses amis enracinés dans la terre francophone des Fourons ; un sujet d’affection identitaire qui surpasse de loin toute croisade partisane, par essence de second ordre face à l’histoire des peuples.

Je voudrais, à l’occasion de la 29e Fête du peuple fouronnais, vous réitérer ma totale implication, intellectuelle, morale et politique, dans le juste combat qui est le vôtre. Personne ne me privera de ma qualité de « citoyen d’honneur » des Fourons, et nul ne m’ôtera la volonté de dire et redire ici que l’injustice ne peut éternellement étouffer la liberté, que ce qui est vrai ne peut durablement s’effacer devant le mensonge, la manipulation, la trahison ou l’indifférence.

Les Fourons sont pays francophone. Les Fourons sont socle de dignité, de fraternité et de démocratie. Les Fourons sont espoir renaissant et justification de lutte, pour le droit à la culture, à l’histoire et à l’avenir. Les Fourons doivent bénéficier et jouiront d’un statut politique et juridique totalement respectable d’une revendication pleinement légitime. Jusque-là, nous nous battrons, sans jamais lâcher prise, sans jamais laisser tranquilles ces responsables qui vous toisent, vous briment, vous trompent, vous charrient, vous marchandent ou vous oublient.

Il y a une semaine, plusieurs de vos concitoyens emmenés par Jean-Louis Xhonneux, Secrétaire général de l’Action fouronnaise, ont assisté à la 58e Fête du peuple jurassien ; je serai tenté de dire avec ravissement et une intime et profonde satisfaction. En effet, notre grande manifestation populaire de septembre a été l’occasion de fêter la plus symboliquement spectaculaire, la plus politiquement opportune, et la plus juridiquement incontestable victoire autonomiste depuis une décennie.

Grâce à la ferme résistance du Mouvement autonomiste jurassien, cible de toutes les attaques et invectives, y compris d’ailleurs venant de notre propre gouvernement, l’initiative « Un seul Jura » a triomphé de tous les obstacles. Placée devant la pertinence de nos thèses, la Confédération s’est vue contrainte de forcer les exécutifs bernois et jurassien à signer un accord aux termes duquel l’Assemblée interjurassienne est mandatée pour engager une étude sur la formation d’un nouveau canton des six districts francophones du Jura !

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Vous m’avez bien entendu : un formidable espoir règne dans les rangs autonomistes, qui voient ainsi leur démarche, copieusement insultée au cours des mois, devenir le fondement même d’une offre de partage de souveraineté du Jura-République au Jura resté bernois, démarche unique dans l’histoire politique de la Suisse ! Croyez bien qu’en tant que secrétaire général du MAJ et président d’un groupe parlementaire, qu’après des mois de négociation avec les partis jurassiens, je suis particulièrement heureux de vous faire part de ce succès historique et, dans son prolongement, du salut chaleureux d’un peuple qu’on croyait pouvoir indéfiniment duper mais qui se rebelle, comme celui d’un Parlement qu’on voulait délibérément mystifier mais qui a pris la courageuse et intelligente décision de nous donner raison contre l’incurie gouvernementale.

Quoi qu’en disent quelques mauvais coucheurs, quelques déconfits ou quelques tocards au bilan dérisoire, notre seule détermination aura permis de sauver une Assemblée interjurassienne promise à une disparition certaine. Le soutien du peuple nous aura fourni les moyens de redonner un élan à la Question jurassienne, une question que nos adversaires pro-bernois – tout le portrait de vos flamingants – ont décrétée définitivement enterrée à la minute même où s’étalait notre victoire dans les paragraphes empressés d’un communiqué fédéral ! Du tout bel ouvrage, je vous l’assure !

Je suis en cet instant devant vous animé d’un enthousiasme qui n’est pas béat, mais qui fait un bien terrible. Je salue de toute ma fraternité M. le Président du Parlement wallon, mon ami José Happart, Jean-Marie, un autre frère sénateur, José Smeets, chef de l’opposition, et puis les anciens, Nico Droeven et Jean-Louis Xhonneux, les jeunes qui ont pris le relais, les militants et les représentants politiques qui les entourent, hautes personnalités et acteurs en vue. Et je me permets d’interpeller ces derniers : qu’avez-vous à me dire de plus « croustillant », de plus concret et de moins factice, de plus vrai et de moins dissimulé que les années précédentes ? Êtes-vous satisfaits de l’avancement de la cause fouronnaise, et qu’avez-vous éventuellement à nous avouer qu’il nous faudrait vous pardonner encore ?

Je vous écoute et vous le répète : rien n’est plus fort que la justice si elle est servie sans arrière-pensée, rien ne vaut l’action si, collective et collectivement conduite, elle supplante les ambitions personnelles, dussent-elles être légitimes. Les Fourons ne sont pas à vendre, ni à troquer ! Les Fourons sont à libérer ! Vous me trouverez toujours du côté de ceux qui s’acharnent à vouloir les libérer, en dépit des réticences des mous, malgré les réserves des indécis de carrière, quelles que soient les objections des demi-portions en quête de notoriété intéressée, peu importe les protestations emberlificotées des calculateurs de tout poil, et que ceux-ci soient en route… vers un trône pontifical ou vers un maroquin ministériel ! Les Fourons sont à libérer, les Wallons sont à émanciper, les Bruxellois sont à coaliser, la cause francophone, démocratique et libre à défendre jusqu’à son aboutissement. Vive le jumelage Vellerat-Fourons, vive les Fourons wallons, vive le Jura réunifié, vive les peuples libérés !

Pierre-André Comte

 

 

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