54ème Fête du Peuple jurassien

Réception officielle

Allocution de Jean-Louis XHONNEUX, secrétaire général de l’Action fouronnaise, à l’Hôtel de Ville de Delémont, le 8 septembre 2001.

 Mesdames, Messieurs,

Chers amis Jurassiens,     

 

Je remercie notre ami Pierre-André Comte de me donner la parole aujourd’hui, à l’occasion de cette réception officielle.

Parmi les mouvements frères représentés au sein de la Conférence des Peuples de Langue française, il y a le Québec, pays géant, la France, la mère de notre langue commune, la Wallonie, de même taille démographique que l'Irlande,  Bruxelles avec son million d’habitants, puis les petits que sont le Val d’Aoste et le Jura. Et, depuis la conférence de Liège, on y entend parler des Fourons, qui sont encore plus petits, beaucoup plus petits, mais tellement encombrants pour les gouvernements belges qu’ils en ont fait tomber quelques uns.

Le Congrès de Vienne avait commis entre autres le rattachement du Jura à Berne et l’annexion de la Belgique et de Liège aux Pays-Bas. Les Wallons et les Brabançons ont été rapides puisqu’ils ont fait la révolution en 1830 pour renvoyer les Hollandais chez eux. Vous avez été un peu plus longs… mais ce n’est pas fini. Chez nous, les Hollandais sont revenus… avec leurs florins. J’en reparlerai dans un moment.

Cette Révolution antihollandaise crée donc un pays appelé Belgique et un soi-disant peuple belge. Il s’agit en fait de Flamands dont on renie la langue puisque c’était aussi celle des Hollandais, et de Wallons. Les Flamands ont reconquis leur langue et leur culture après un siècle en obtenant par exemple, en 1930, que les cours soient dispensés en flamand à l’Université de Gand.

Par la suite, ils ont imposé leurs volontés aux autres composantes du Royaume de Belgique par leur majorité numérique. La longue lutte flamande a laissé des traces dans la mentalité flamande car, malgré leur puissance et leur majorité, ils développent encore un complexe à l’égard de la culture française. Il faut avouer que Bruxelles, ville flamande il y a quelques siècles est devenue une ville dont 80 % des habitants sont francophones. Pour éviter l’extension infinie de la Francophonie sur le territoire flamand, les Flamands ont obtenu, en 1963, la fixation de la frontière linguistique et la limitation de Bruxelles aux 19 communes de l’actuelle agglomération bruxelloise.

Lors de cette fixation, votée par une majorité de parlementaires flamands contre une majorité de parlementaires francophones, il a bien fallu tenir compte de quelques cas particuliers. C’est ainsi qu’est née la périphérie bruxelloise, limitée à 6 communes, cédées à la Flandre, où les Francophones doivent bénéficier de facilités linguistiques. À l’autre bout du pays, il y avait les Fourons qui étaient très catholiques. Les curés y étaient flamands depuis longtemps et souhaitaient un rattachement à la Flandre, plus chrétienne que les banlieues industrielles liégeoises où on ne disait plus le chapelet. Contre la volonté clairement exprimée des habitants des Fourons, la Chambre et le Sénat ont voté le rattachement des Fourons au Limbourg. Cela se passait en 1963 dans le cadre d’une Belgique encore unitaire.

Mais la Belgique s’est disloquée depuis lors. L’évolution de la Belgique est comme l’histoire d’un divorce, mais en beaucoup plus compliqué.

D’abord, il n’y a pas deux partenaires, mais sept au moins :

  1. l’État fédéral,
  2. la Flandre, plus précisément la Région flamande,
  3. la Wallonie, plus précisément la Région wallonne,
  4. Bruxelles, autrement dit la Région de Bruxelles-Capitale,
  5. la Communauté flamande,
  6. la Communauté française, appelée maintenant « Communauté Wallonie-Bruxelles »,
  7. la Communauté germanophone.

Deux de ces partenaires se sont retirés sur leurs terres et ont établi leur capitale à Namur pour la Région wallonne et à Eupen pour la Communauté germanophone, mais les cinq autres sont restés ou se sont imposés à Bruxelles. Imaginez un couple en procédure de divorce où les deux partenaires veulent rester dans la même chambre à coucher. Imaginez alors le problème lorsqu’il y a cinq partenaires ! Imaginez encore que la salle de bain se trouve dans la périphérie de la chambre à coucher. De plus, n’oubliez pas que deux des partenaires, la Région flamande et la Communauté flamande, ont tous les droits sur la périphérie… Vous imaginez alors ce qui peut arriver à la Région de Bruxelles-Capitale enfermée dans son carcan et à la Communauté française qui voudrait assurer la survie de sa diaspora francophone en périphérie et à Fourons.

Les dispositions institutionnelles votées récemment par la Chambre et le Sénat de Belgique vont encore accentuer l’indépendance des différentes institutions puisqu’elles pourront dorénavant avoir des lois communales et provinciales différentes, etc. Par la même occasion, la Belgique a été amenée à signer la convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la protection des minorités.

Depuis l’annexion des Fourons à la Flandre, la population fouronnaise a régulièrement manifesté son désaccord en élisant des majorités communales « Retour à Liège », soit des conseillers communaux et des échevins wallons, donc francophones. Cela n’a malheureusement plus été le cas en octobre dernier puisque les Flamands l’ont emporté grâce aux voix des immigrés hollandais dans notre commune. Il faut savoir que les Européens ont le droit de participer aux élections communales en Belgique grâce au Traité de Maestricht. Comme le vote est obligatoire pour les Belges, les Européens devaient faire la démarche de s’inscrire comme électeurs. Partout en Belgique, seulement 20 % des électeurs européens potentiels se sont inscrits. À Fourons, nous avons atteint le chiffre record de 85 % d’électeurs potentiels inscrits. Comme les Hollandais représentent 16 % de la population, il n’y avait plus beaucoup d’espoir. Nous avons d’ailleurs démontré que nous avons toujours la majorité parmi la population de citoyenneté belge puisque, pour l’élection du Conseil de l’Aide sociale, élection réservée aux seuls citoyens belges, nous avons conservé notre majorité absolue.

Voilà pourquoi j’annonçais le retour des Hollandais… Avec leurs florins, ils achètent tout ce qui est à vendre chez nous, et, en plus, ils se mêlent d’un combat qui ne les concerne pas.

Depuis le 31 janvier 2001, nous avons donc un nouveau conseil communal avec 8 membres flamands et 7 membres wallons. Vous savez qu’une des premières décisions que cette nouvelle majorité a voulu prendre était de rompre le jumelage avec Vellerat. Grâce à l’intervention du Député-Maire de Vellerat, le projet de rupture a été « oublié » par la nouvelle majorité. De plus, dimanche prochain, nous inaugurerons une « place de Vellerat » à Fouron-Saint-Martin.

La nouvelle majorité a aussi décidé de mettre des immeubles communaux en vente. Elle a organisé deux ventes publiques en mai et en juin. La gendarmerie s’est distinguée lors de la seconde vente en s’en prenant à Jean-Marie Happart, citoyen fouronnais, mais aussi Vice-Président du Sénat de Belgique. Nous avons qualifié ces ventes "d’actes soft d’épuration ethnique". Presque toutes ces habitations étaient occupées par des Fouronnais wallons. Même si les ventes n’ont pas encore eu lieu, un tiers des habitants sont déjà partis… en pays libre, dans les villages voisins de Wallonie. Ouf, chez nous, on ne tue pas, on vend aux Hollandais et on chasse les Fouronnais qui parlent français.

Cette semaine, nous avons reçu la visite d’une Députée zurichoise, Mme Nabholz-Haidegger, venue enquêter au nom du Conseil de l’Europe. Elle a commencé sa visite à la maison communale et elle a mis les pieds dans le plat en posant sa première question au nouveau maître des lieux. « Dites-moi - j’étais de passage en Belgique en juin - c’était quoi cette histoire de vente d’immeubles ? ». Le nouveau bourgmestre a cru que nous avions directement inspiré la question à votre concitoyenne helvétique. De plus, il n’a pas supporté qu’elle s’adressât à lui en français.

Nous savons combien les Flamands redoutent les effets de la Convention-cadre sur la protection des minorités.  Nous savons aussi que les législations supranationales s’imposeront un jour aux législations linguistiques imposées par la domination flamande. C’est pourquoi nous pensons, une fois de plus, que l’aide nous viendra de l’extérieur. Exactement comme nous avons toujours pensé que la solidarité entre nos différentes communautés au sein de la Conférence des peuples de Langue française était essentielle pour nos combats respectifs.  

 

 

 

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Mise à jour: 10.09.2008