61ème Fête du Peuple jurassien

 

Réception officielle

Allocution de Jean-Louis XHONNEUX, secrétaire général de l’Action fouronnaise, à l’Hôtel de Ville de Delémont, le 13 septembre 2008.

Mesdames, Messieurs,

Chers amis Jurassiens,

Je remercie Pierre-André Comte et Christian Vaquin de m’avoir invité à prendre la parole à cette occasion au nom de vos amis de la Conférence des Peuples de Langue française.

Vous allez évoquer dans quelques minutes la mémoire de Roland Béguelin, je pourrais le faire aussi en parlant de cette Conférence dont il fut l’un des fondateurs, avec Pierre Fosson de la Vallée d’Aoste et Marcel Thiry de Wallonie. Comme me le rappelait mercredi le Sénateur J.E. Humblet, qui vous salue, il s’agissait pour ces hommes de faire connaître le combat de leurs minorités respectives, car, à cette époque, nous avions conscience d’être des minorités.

Des minorités actives et combattantes, même au sein de la Conférence des Minorités ethniques de Langue française, selon l’ancienne appellation. Comment ne pas se souvenir de la délégation de la jeunesse jurassienne à la Conférence de Liège, du vol « nolisé » que nous avons fait ensemble pour participer à la Conférence de Québec au Château Frontenac où je suis passé le mois dernier et j’ai cru encore y entendre résonner la Rauracienne et la voix de Marc Beuchat. Et puis, nous nous souvenons tous de cette conférence qui s’est déroulée ici sur le parvis de l’église St-Marcel en 1979.

La XVIIème Conférence des peuples de langue française s’est tenue du 14 au 16 août sur les bords du lac Beauport près de Québec, sous le thème « L’avenir des nations : la francophonie ? ». Et les échanges entre nos différents peuples furent évidemment très intéressants même si nous vivons des réalités bien différentes. Cette conférence nous a permis notamment de rencontrer, parmi beaucoup d’autres jeunes orateurs de talent, Mathieu Bock-Côté, auteur du livre « La dénationalisation tranquille » que « Le Point » présente comme un jeune politologue iconoclaste. Après les débats que le Québec a connus avec l’affaire Michaud, les discussions sur les accommodements raisonnables, etc., il était temps qu’on nous explique et Mathieu Bock-Côté l’a fait avec conviction.

De notre côté de l’Atlantique, les préoccupations sont différentes. Je constate en effet que nos amis du F.D.F. de Bruxelles organisent demain, dans le cadre de leur université d’été, un débat intitulé : « interculturalité, une richesse à exploiter ».

Ces différences entre nous sont nos richesses lorsque nous les comprenons et les acceptons. Je comprends votre attachement à la territorialité des langues, mais je combats cette territorialité avec vigueur à Bruxelles, dans sa périphérie et aux Fourons.

Au fond, ce qui nous lie, c’est la langue française, parce que nous la sentons menacée là où nous vivons parce que nous sommes des minorités confrontées à des communautés plus importantes dans nos états respectifs ou parce que, à certains moments, on veut nous imposer une autre langue, comme on impose à nos conseillers communaux fouronnais et aux conseillers communaux de la périphérie de Bruxelles l’usage du néerlandais.

Paradoxalement, nous avons parfois vis-à-vis de cette autre langue des réactions fort différentes : vous vous plaignez du fait que vos compatriotes germanophones parlent des dialectes et vous préféreriez pouvoir leur parler en allemand ; vu de chez nous, on pourrait même croire que vous souhaiteriez que vos compatriotes germanophones unifient leurs dialectes en une grande langue. Chez nous, sous la pression du clergé, les flamands ont unifié leurs dialectes pour adopter le néerlandais, ce qu’ils ont appelé le « Algemeen Beschaafd Nederlands » (Traduction : le néerlandais général civilisé – sans doute parce que les dialectes flamands ne l’étaient pas ?). Un siècle et demi plus tard, je me demande si le français ne se porterait pas mieux en Belgique sans cette unification des dialectes flamands. Alors faut-il vraiment inciter vos cousins germains à parler le bon allemand ?

Pour terminer, je voudrais vous annoncer une renaissance dans notre grande famille de la francophonie du Nord. Comme je l’ai rappelé, Marcel Thiry avait été cofondateur de la Conférence au nom de Wallonie libre. Ce mouvement s’est retiré à un certain moment pour laisser la place au mouvement Wallonie Région d’Europe que présidait José Happart. Depuis quelques mois, un nouveau groupement représentatif de différents mouvements wallons a vu le jour sous le nom de CWARE, Comité wallon pour les Relations extérieures. Aux côtés de l’Unité francophone, qui a remplacé Bruxelles-Français au sein de la Conférence et que préside mon ami Olivier Maingain, et qui représente Bruxelles, la Wallonie sera donc représentée par le CWARE dès que le comité permanent de la Conférence aura entériné cette succession. Mes amis du CWARE m’ont demandé de saluer leurs amis jurassiens.

Au nom de la Conférence des Peuples de Langue française, je vous souhaite une bonne 61ème Fête du Peuple jurassien et un Jura libre de Boncourt à La Neuveville.

 Jean-Louis Xhonneux, applaudi à la fin de son allocution par Pierre-André Comte, Député jurassien et secrétaire général du Mouvement autonomiste jurassien, et Gilles Froidevaux, Maire de Delémont.

 

Retour au sommaire des interventions.

Mis à jour le 31 mars 2010