63ème Fête du Peuple jurassien
Extrait du "Jura Libre" du 30 septembre 2010

 

Réception officielle

Allocution de Jean-Louis XHONNEUX, secrétaire général de l’Action fouronnaise, à l’Hôtel de Ville de Delémont, le 11 septembre 2010.

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Pierre-André Comte m’a envoyé un courriel mardi matin et il y écrivait : tu parleras de la Belgique et des Fourons.

Que dire de la Belgique à un public qui n’est pas initié à nos abréviations ? Le gouvernement belge est tombé sur B.H.V. A Paris, B.H.V. représente quelque chose. En Belgique, c’est un autre bazar.

Alors, faut-il remonter au Congrès de Vienne ? Oui, sans doute car le Congrès de Vienne amalgame les anciens territoires de la principauté de Liège, des Provinces-Unies et des anciens Pays-Bas (espagnols, autrichiens puis français) pour former un « grand » royaume des Pays-Bas sous la houlette du roi Guillaume 1er d’Orange-Nassau. Entre France, Angleterre et Empire germanique, s’étendait dorénavant un seul territoire-tampon notamment destiné à placer à l’abri des convoitises françaises le port d’Anvers et l’embouchure de l’Escaut, de celles de l’Allemagne la longue côte de la mer du Nord. Quand la Révolution belge éclate en 1830, ses conséquences ne remettent pas en cause l’équilibre européen. Au contraire. La « barrière contre l’impérialisme français » demeure dressée, l’accès de la mer du Nord à l’Allemagne reste bloqué et l’éclatement des Pays-Bas procure un avantage à l’Angleterre dans la mesure où sa puissance maritime rivale s’en trouve affaibl ie. Reconnu en 1831 par le concert des nations, à l’exception des Pays-Bas, le nouvel État belge reçoit les garanties de sa pérennité au lendemain de la Conférence de Londres en 1839[1].

Mais ce nouvel état est unilingue francophone du point de vue administratif car une petite partie de la population - la classe « supérieure » - était vraiment francophone.   Les arrêtés des 16 et 27 octobre 1830 imposent l’emploi exclusif du français pour le commandement des troupes et l’administration. Le 16 novembre 1830, le Gouvernement provisoire proclame le français seule langue officielle du pays[2].

L’usage du flamand et de l’allemand est uniquement prévu pour les traductions publiées par les services des gouverneurs de provinces. Deux mois plus tard, l’emploi du latin est abrogé dans les universités. Le français reste seul en piste.

Dès les premiers jours de la Belgique, un mouvement flamand se manifeste et ne cesse de se développer dans le petit peuple flamand. N’oublions pas que les Flamands sont plus nombreux que les Wallons, mais l’aristocratie flamande francisée détenait, grâce au système censitaire, le pouvoir politique en Flandre et même, à la fin du 19ème siècle, sur l’ensemble de la Belgique.

Le 20ème siècle a vu les acquits progressifs de la langue néerlandaise au détriment de la langue française. Il ne restait plus qu’une zone tampon où les électeurs pouvaient voter pour des candidats francophones ou pour des candidats néerlandophones. Il s’agissait, en plus de la Région officiellement bilingue de Bruxelles-Capitale – mais dont on sait qu’elle ne compte que 5 % de néerlandophones dans sa population – des arrondissements de Hal et Vilvorde. En effet, lorsque la dernière province bilingue de Belgique a été scindée en 3 parties, la Région Bruxelles capitale, la province du Brabant wallon et la province du Brabant flamand, le législateur a maintenu un arrondissement électoral bilingue regroupant la Région de Bruxelles-Capitale avec une partie du Brabant flamand. Un arrêt de la Cour constitutionnelle demande au Parlement fédéral de modifier la situation juridique de la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), circonscription que la Cour tient pour inconstitutionnelle depuis la réforme de la loi électorale de 2002. Celle-ci a mis fin à l’existence des circonscriptions électorales calquées sur les arrondissements administratifs et a mis en place, partout en Belgique, des circonscriptions électorales calquées sur les limites des provinces, sauf précisément pour BHV et le Brabant flamand. La difficulté provient ainsi du fait que la réforme électorale de 2002 a créé une exception pour la province de Brabant flamand et la Région de Bruxelles-Capitale : la province de Brabant flamand est en effet divisée au niveau électoral. Sa majeure partie relève de la circonscription de BHV (ensemble avec la Région de Bruxelles-Capitale), et l’autre partie constitue une circonscription à part, celle de Louvain.

Dans son arrêt de mai 2003, la Cour constitutionnelle n’a toutefois pas annulé la loi de 2002 mais a sommé le Parlement de résoudre – avant juin 2007 – cette inconstitutionnalité dans le paysage belge pour l’élection de la Chambre des représentants. D’un point de vue purement juridique, la solution est donc singulièrement simple : il suffirait d’abroger la loi de 2002 et ainsi de revenir au système antérieur. Mais politiquement, cette option est difficilement envisageable car tous les grands partis politiques – du Nord comme du Sud – sont favorables à la réforme[3].

Des négociations ont eu lieu entre partis politiques depuis mai 2005 pour résoudre ce problème, mais aucune solution n’a été trouvée. En avril de cette année 2010, le parti libéral flamand a fixé un ultimatum et le gouvernement a dû constater son échec.

Des élections ont eu lieu le 13 juin et les résultats n’ont pas, au contraire, facilité la formation d’un nouveau gouvernement.

Du côté francophone, on note une forte poussée à gauche puisque les socialistes du PS passent  de 20 à 26 sièges et que le MR passe de 23 à 18 sièges. Ecolo maintient ses 8 sièges, les humanistes du CDH perdent un siège et en conservent 9, tandis que le FN (extrême droite) disparaît au profit du Parti populaire (1 siège). Soit 62 sièges francophones.

Du côté néerlandophone, les sociaux-chrétiens du CD&V et les nationalistes de la NVA formaient un cartel en 2007 et ils avaient 30 sièges ensemble. Séparés, le CD&V maintient 17 sièges tandis que son ancien allié passe à 27 sièges. Les libéraux de l’Open VLD (le parti qui a provoqué la crise) perdent 5 sièges et en conservent13, les socialistes flamands du SPA maintiennent leurs 13 sièges, Groen progresse et passe de 4 à 5 sièges, la liste Dedecker (populiste flamand) perd 4 sièges et n’en maintient qu’un seul, tandis que le Vlaams Belang (xénophones flamands) perd 5 sièges pour n’en garder que 12. Voilà pour les 84 sièges flamands.

Pour scinder BHV, une majorité simple suffirait et les Flamands ont déjà voulu passer à l’acte, mais ce serait la fin de la coexistence belge. BHV sera donc scindée en même temps qu’une réforme de l’état (une révision de plus de la Constitution) pour laquelle il faut une majorité doublement qualifiée : les 2 tiers des voix au total et la majorité dans chaque groupe linguistique.

Depuis trois mois, des missions ont été confiées par le Roi Albert II à différents informateurs, médiateurs, préformateurs, mais jusqu’à présent personne n’a trouvé la formule magique. Il n’y a cependant rien d’exceptionnel à cela puisque le vote a eu lieu aux Pays-Bas quelques jours plus tôt, et là il n’y a pas encore de gouvernement non plus.

Jusqu’à présent 7 partis sont autour de la table : dans l’ordre d’importance en sièges : la NVA (27 sièges), le PS (26 sièges), le CD&V (17 sièges), le SPA (13 sièges), le CDH (9 sièges), Ecolo (8 sièges) et Groen (5 sièges).

Les libéraux ne font pas partie des négociations actuellement. Il est vrai qu’ils ont perdu 5 sièges du côté francophone et autant du côté flamand. Leur aile flamande est, de plus, responsable de la crise. Les exigences d’Olivier Maingain, président du FDF qui est un des partis associés au sein du Mouvement réformateur, ne facilitent pas leur accès à la table des négociations. Olivier Maingain exigeait en effet la nomination préalable à toute négociation des 3 bourgmestres non encore nommés dans la périphérie bruxelloise parce qu’ils ont refusé d’appliquer une circulaire du gouvernement flamand exigeant l’envoi des convocations électorales en néerlandais. Il revendique aussi une extension territoriale de Bruxelles.

Mais, comme le rappelle José Happart dans une interview citée par toute la presse belge jeudi (9 juin 2010), le MR est le premier parti à Bruxelles et il n’est pas normal de vouloir régler l’avenir institutionnel de l’Etat avec trois composantes sans avoir autour de la table le parti le plus important de Bruxelles.

Selon José Happart, Olivier Maingain demanderait l’extension de Bruxelles qu’il n’aurait jamais. Comme nous continuons à rêver du retour des Fourons à Liège.

Voilà ce qui me ramène aux Fourons. Notre président de l’Action fouronnaise aurait donc perdu l’espoir de revoir les Fourons à Liège.

Au lendemain des élections, José Smeets, notre échevin francophone se souciait dans notre périodique « Le Foron »[4] du triste résultat électoral enregistré aux Fourons. Les Francophones des Fourons ont voté pour des listes wallonnes à Aubel, comme ils peuvent le faire depuis une vingtaine d’années, mais les Flamands des Fourons ont massivement voté pour le parti nationaliste NVA. Je suis pour ma part triste, écrit-il, de constater que plus de 62 % des votants aux Fourons ont choisi la voie la nationalisme, du séparatisme et de l’extrémisme en votant pour des partis comme la NVA voire même le Vlaams Belang d’extrême droite.

Et puis, mon cher Pierre-André, toi qui es citoyen d’honneur des Fourons, je dois t’apprendre que le bourgmestre des Fourons, le sieur Broers comme tu l’appelles dans tes discours flamboyants à la Fête du Peuple fouronnais, a été coopté sénateur par la NVA. Il siège donc maintenant au sein de la Haute Assemblée. Pas pour longtemps peut-être puisque la suppression du Sénat est au programme de son parti. Cette promotion du triste sire ne nous rassure évidemment guère sur son ouverture d’esprit à notre égard.

Je vous souhaite à tous une bonne Fête du Peuple jurassien. Vive le Jura. Vive les Fourons.

 



[1]Paul Delforge, La Wallonie et la Première Guerre mondiale – Pour une histoire de la séparation administrative, Institut Destrée, 2008.

[2]Charles-François Becquet, le Différend wallo-flamand, Institut Destrée, 1972.

[3] Christian Behrendt, BHV et le principe de l'uti possidetis. Les propos du prof. Behrendt ont été publiés dans Le Quinzième Jour du Mois, mensuel de l'Université de Liège, mai 2008 (propos recueillis par Patricia Janssens).

[4]« Le Foron » n° 10/3.

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Mis à jour le 7 octobre 2010