Premier Congrès des Indépendantistes Wallons

 

Liège, le 15 juin 1980

 

Discours de l’Action fouronnaise, par Jean-Louis Xhonneux, secrétaire général.

 

Mesdames, Messieurs, Chers amis wallons,

 

Lorsque Roger Thiry nous a demandé, il y a déjà quel­ques mois, si Action fouronnaise acceptait de collaborer à la réussite de ce congrès, notre conseil d'administration a immédiatement donné son accord et il m'a chargé de vous en parler.

 

Nous, Fouronnais, nous savons bien que la Belgique n'est pas une nation. Une nation de fait ou historique ne se comporterait pas envers une de ses composantes comme la Belgique le fait envers les fouronnais. Nous n'avons pas besoin de longs discours ou de longues études juridiques pour l'admettre. Nous le vivons.

 

Chers amis, comme tous les amis wallons et même les amis encore plus lointains, vous vous êtes tous penchés sur notre sort le 9 mars et dans les jours qui ont suivi ces tragiques événements. C'est très bien, mais ce n'est pas assez.

Depuis qu'il faut que de maisons entières soient dévas­tées ou que des gens emploient leur fusil, les difficultés quoti­diennes que les fouronnais rencontrent n'intéressent plus personne.

Savez-vous que les fouronnais ont presque vécu entre le 10 mars et le ter mai comme pendant la guerre ? Savez-vous ce qu'est une surveillance permanente de la gendarmerie ? Chers amis wallons, vous est-il déjà arrivé de voir intervenir des gendarmes pendant une fête familiale parce qu'il est trop tard ou parce que vous êtes trop nombreux ? Avez-vous déjà vu des gendarmes séparant un groupe de femmes et d'enfants jouant dans la rue tout simplement parce que le chiffre de 5 est dépassé ?

Cette situation nous l'avons vécue pendant près de deux mois. Depuis le 1er  mai, les mesures ont été assouplies, c'est vrai. Mais pourquoi les fouronnais ont-ils été punis pendant si longtemps pour des fautes commises par une gendarmerie flamande incapable de s'opposer à une horde flamingante et incapable de maintenir l'ordre ?

De plus, l'application de ces mesures nous a montré que la constitution belge est une tromperie. On y lit quelque part que tous les belges sont égaux. Nous savons à Fourons que cela veut dire que les flamands peuvent en faire un peu plus que les wallons.

Mardi dernier, en effet, les flamands voulaient organiser des cramignons populaires. Comme ceux-ci avaient provoqué des incidents graves l'an dernier, le bourgmestre demanda que les organisateurs signent une décharge et se portent garants du maintien de l'ordre et du dédommagement de tous les dégâts éventuels. Ces messieurs s'adressèrent au gouverneur du Limbourg qui, piétinant un fois de plus l'autorité communale, donna son autorisation en interprétant à sa manière son propre règlement de police: un cramignon devint ainsi une manifestation traditionnelle assimilable à une manifestation patriotique.

Croyez-vous qu'il est amusant de retrouver sa voiture griffée, ses vitres brisées, sa maison chaulée ou goudronnée ? Ce sont des actes réguliers chez nous. Nous pensons même que les rondes de la gendarmerie s'arrêtent justement par hasard au moment où les flamingants du V.M.O., T.A.K. ou autre noyau dur opèrent.

Voilà comment nous sentons que les beaux principes du Congrès national de 1830 ne sont plus vrais.

Nous sommes pour la création d'une Wallonie indépendante. Nous vivons à la frontière et nous voyons très distinctement le fossé qui se creuse entre les mentalités des différentes nations qui cohabitent dans l'état belge.

Puisque nous sommes des frontaliers, nous voulons immédiatement annoncer la couleur. Pour nous, le sol wallon, la terre wallonne, ça n'existe pas. Nous avons toujours refusé l'existence d'une terre flamande et nous n'accepterons jamais que nos amis emploient un langage aussi peu respectueux de la volonté des gens.

A notre avis, si la Wallonie indépendante doit se créer, cela doit se faire à partir de-la volonté des gens qui y habiteront.

Nous disons donc : d'accord sur l'éclatement de la Belgique en états indépendants, à condition de demander aux habitants de chaque quartier ou hameau de la frontière linguistique d'indiquer dans une consultation démocratique l'appartenance de ce quartier ou hameau.

Nous vous demandons, chers amis wallons, de n'imposer un quelconque impérialisme à personne. Il n'y a d'ailleurs aucun danger dans ce domaine : nous ne sommes pas des impérialistes en Wallonie.

De plus, si nous voulons un état wallon, indépendant et fort, cessons immédiatement nous pronostics sur une Wallonie de gauche ou une Wallonie socialiste, mais pensons à une Wallonie dynamique, généreuse et indépendante. Les calculs électoraux, c'est pour beaucoup plus tard.

Action fouronnaise a donc la position suivante en ce qui concerne l'indépendance de la Wallonie : oui pour l'indépendance aux conditions suivantes

-          les populations doivent être largement consultées,

-          les calculs politiques doivent en être exclus.

Et pour terminer, je voudrais vous proposer un test de crédibilité. Les wallons montreront qu'ils sont capables de former un état indépendant lorsqu'ils pourront libérer du joug flamand quelques milliers de leurs concitoyens sacrifiés en 1963 sur l'autel des calculs politiques. Pour être clair, je résume en disant que la Wallonie sera capable de devenir indépendante lorsqu'elle aura démontré sa capacité en libérant les fouronnais et les francophones de la périphérie de Bruxelles.

Je chante très mal. Je vais donc simplement vous dire les dernières strophes de notre chant de combat :

Tu vas pouvoir enfin le porter

Le jaune et rouge de la liberté

Car le monde sera ce que tu le feras

Plein d'amour, de justice et de joie.

 

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© jlx@wallon.net  - Dernière modification le 24/12/2005