XVIIème Conférence des Peuples de Langue française

 
Rapport présenté par Jean-Louis Xhonneux, secrétaire général de l’Action fouronnaise, à la XVIIème Conférence des Peuples de Langue française (Québec).

En juin 2007, l’Action fouronnaise et le Groupe Retour aux Libertés ont rédigé un cahier de revendications, un appel au secours à personnes en danger, que nous avons largement diffusé auprès du monde politique wallon et francophone.

Nous y avons développé les difficultés et les vexations auxquelles sont confrontés, chaque jour davantage, les Francophones et les Wallons de Fourons.

Nous y avons dénoncé également le « génocide culturel » pratiqué par une Flandre nationaliste à l’encontre de la population autochtone francophone. Que penser des propos, lors du conseil communal du 20 mars 2008, du bourgmestre Voerbelangen qui nous a fait remarquer qu’il n’avait, à ce jour, - menaces à peine voilées - ni fait fermer l’école, ni le centre culturel francophones ?

Déjà conscients en juin 2007 du drame et de souffrances du peuple tibétain, nous relevions, amèrement, le fait qu’en termes de renversement de majorité et de pourcentages électoraux, seuls les Chinois avaient fait mieux que les Flamands.

Depuis la publication de ce cahier de revendications, les choses ont encore empiré et la presse a fait écho de la tension croissante au conseil communal, lieu « démocratique » où les conseillers francophones ne peuvent plus s’exprimer dans leur langue et où le simple fait de s’exprimer en français est considéré comme un trouble de l’ordre public qui peut mener à l’expulsion. Lors des derniers conseils communaux nos conseillers ont choisi par respect pour nos électeurs de s’exprimer en français, et nos conseillers ne feront plus marche arrière.

Présentation du rapport de l’Action fouronnaise

Depuis plus de 45 ans, les Fouronnais ont été des précurseurs malheureux des vexations imposées que rencontrent maintenant de nombreux habitants de la périphérie bruxelloise avec lesquels nous souhaitons des solidarités fortes afin d’éviter tout repli identitaire : inspection scolaire en néerlandais, logements réservés aux seuls Flamands (à Fourons on est même passé par la case « expulsion »), etc…

Et pourtant, nous sommes toujours debout. Debout pour rappeler ce qui est essentiel pour nous afin de pouvoir toujours être là demain avec nos amis Wallons et Francophones, pour rappeler nos souhaits et exigences, que nous vous demandons, chers amis de la Conférence des Peuples de Langue française, de relayer. Il faut de toute urgence donner à Fourons un statut bi-régional, à tout le moins bicommunautaire.

Fourons fait géographiquement partie de la Wallonie et les Wallons et Francophones fouronnais qui revendiquent les mêmes droits pour tous doivent pouvoir dépendre de cette entité pour certaines compétences comme l’emploi, la formation, mais aussi dans des matières qui peuvent sembler plus anodines et pourtant… : le permis de conduire, l’inspection automobile…

Si les Fouronnais francophones souhaitent évidemment échapper au traitement réservé par la Chine au Tibet, ils ne demandent cependant pas que Fourons fasse à nouveau exclusivement partie de la Région wallonne, de la Communauté française ou de la région de langue française.

Ayant trop souffert de l’annexion et de la discrimination, ils ne voudraient surtout pas donner l’impression qu’ils souhaitent infliger le même sort à leurs concitoyens de langue néerlandaise. Les Francophones de Fourons ne demandent qu’une chose : les mêmes droits pour tous les Fouronnais.

Fourons doit donc être soustrait au pouvoir de la Flandre, sans pour autant retourner à la Wallonie. La seule solution équitable doit donc être cherchée dans un statut sui generis pour Fourons : un statut birégional – bicommunautaire.

La vie quotidienne des Fouronnais francophones est une succession de brimades. L’humiliation y est systématique.

• Les droits linguistiques sont systématiquement remis en cause. Nous pensons bien sûr aux circulaires du gouvernement flamand, mais il y a aussi la jurisprudence prétorienne des chambres flamandes du Conseil d’État, et la politique avouée de flamandisation du Gouvernement flamand.

• Employer le français au conseil communal est devenu un « trouble de l’ordre public »

• Le C.P.A.S. fouronnais ne publie plus ses avis de recrutement qu’en néerlandais et il organise ses réunions uniquement en néerlandais, même lorsqu’il fait appel à des bénévoles francophones.

• Le conseil communal des jeunes n’existe que pour les jeunes flamands. Les réunions du conseil consultatif des sports se feront uniquement en néerlandais.

• La commune se lance dans un lotissement social et il faudra veiller à la bonne application de l’arrêt de la Cour constitutionnelle sur le « Wooncode » (Code du Logement flamand) dans les communes de la périphérie et de la frontière linguistique. De plus, dès 2001, la majorité Voerbelangen a procédé à la vente d’immeubles communaux avec comme conséquence immédiate de faire partir des locataires francophones.

• En matière d’emploi, formation professionnelle et pour la création d’une entreprise, il faut évidemment connaître le néerlandais. Les apprentis francophones doivent suivre la formation théorique en néerlandais et les patrons francophones ne peuvent engager que des apprentis néerlandophones. Les chômeurs seraient aussi obligés de connaître le néerlandais.

• Les services de police étaient déjà entièrement flamands. Fourons est une zone de police rurale unicommunale avec 20 policiers pour 4200 habitants.

• Bientôt, le service d’incendie ne dépendra plus de Herve-Battice, mais un poste avancé de Bilzen sera établi à Fouron-le-Comte avec des conséquences pas encore bien comprises pour les ville et communes de Visé, Oupeye, Dalhem et Aubel.

• La Commission permanente de Contrôle linguistique n’est plus capable d’émettre un avis. Ses deux sections linguistiques donnent des avis divergents. Est-ce que la Commission permanente de Contrôle linguistique parviendra encore à donner un avis sur des questions aussi simples que des infractions à l’obligation de l’affichage dans les deux langues ?

• Nous avons besoin de la Communauté Wallonie-Bruxeles pour l’enseignement et la culture, malgré les menaces (voir par exemple les arrêts de la Cour constitutionnelle concernant la périphérie).

• Le ramassage scolaire pour les jeunes handicapés francophones s’arrête à la frontière linguistique.

• Nous sommes obligés de contribuer à la « Zorgverzekering » (assurance dépendance flamande), mais nous n’en bénéficierons éventuellement que si nous nous laissons soigner en flamand.

• Les adoptions sont très difficilement accessibles pour les francophones.

• Les candidates gardiennes ONE francophones devraient suivre une formation en néerlandais.

• A la justice de paix des Fourons, il est de plus en plus difficile de faire respecter les droits des francophones.

• Sans oublier les factures, relevés, convocations électorales, etc. qu’il faut sans cesse renvoyer pour les obtenir en français.

• Les petites ou grosses vexations comme ce chauffeur de l’autobus « De Lijn » qui refuse de délivrer un ticket aussi longtemps qu’on ne le lui demande pas en néerlandais.

Pour nous assister sur place, nous bénéficions depuis 1963 de la présence d’un commissaire d’arrondissement-adjoint. Actuellement, M. Armel Wynants est devenu un agent du gouvernement flamand, à la suite de la régionalisation, et nous craignons pour le jour où il devra être remplacé.

En son temps, l’idée d’antennes administratives avait été développée, négociée et même acceptée. Malheureusement, avant même leur mise en place, ces antennes ont été « cassées ».

Tous les membres de cette Conférence connaissent l’histoire de la création du Canton et République du Jura. Dans sa Constitution, le Canton du Jura avait inséré un dernier article, l’article 138, qui faisait du Jura un Canton de combat. Cet article n’a pas obtenu la garantie fédérale, mais il a toujours montré une volonté du Jura. Rien de tout cela chez nous, malheureusement. La province de Liège a toujours été très prudente en ce qui concerne les Fourons. Pendant les 130 ans de l’appartenance des Fourons à la province de Liège, pas un geste provincial pour soutenir le développement du français dans ces communes, au contraire, la Députation permanente a même annulé des décisions communales allant dans le sens d’une extension des cours de français dans les écoles primaires fouronnaises. La province de Liège a montré un peu plus d’intérêt au début des années 1960 en organisant un référendum pour savoir ce que voulait la population fouronnaise, puis elle s’est un peu battue, mais, dès l’entrée en vigueur de l’annexion, la province de Liège a repris sa politique de loyale obéissance vis-à-vis de la Belgique. Les autorités provinciales liégeoises semblent maintenant avoir tourné la page puisqu’elles ont financé une brochure rédigée par un journaliste flamingant qui a réécrit l’histoire des Fourons, comme un révisionniste (« Belgique, Cantons de l’Est », Guido Fonteyn, Petit futé, 2008, page 76). Dès l’annexion, la province du Limbourg a développé une politique active : présence effective sur le terrain avec la création d’une école provinciale, harcèlement des autorités communales francophones de l’époque, etc.

Nous plaidons aujourd’hui pour que la Communauté Wallonie-Bruxelles manifeste sa solidarité vis-à-vis de la population francophone autochtone des Fourons. Nous vous avons démontré que la section néerlandaise du Conseil d’État est devenue une machine de guerre flamande aux mains d’une clique de juristes très ingénieux. Lorsque le Gouvernement flamand décide de flamandiser la périphérie et toutes les communes de la frontière linguistique, en enfreignant au besoin les lois linguistiques existantes, il fait appel à des juristes éminents de ses universités pour construire de brillantes démonstrations selon lesquelles, par exemple, les avis et communications se trouvant sur le Ring dans les communes à facilités de la périphérie bruxelloise ne doivent pas être bilingues puisque les autoroutes sont fréquentées par des automobilistes de passage, alors que les facilités sont destinées à la population locale uniquement. Quelques années plus tard, ces juristes se retrouvent membres de la Commission permanente de Contrôle linguistique, juges au Conseil d’État ou à la Cour Constitutionnelle. Comment voulez-vous que nous soyons confiants lorsque, en face de ces gens-là, les parlementaires francophones désignent d’éminentes et respectables personnes connues pour leurs sentiments de loyauté vis-à-vis de la Belgique ?

Publié le mardi 19 août 2008
Mis à jour le 31 mars 2010