DISCOURS DE JOSE SMEETS

ECHEVIN FRANCOPHONE DE L'OPPOSITION

Messieurs les parlementaires,

Amis jurassiens,

Amis Wallons et Francophones,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

 

Au nom de l'Action Fouronnaise, des mandataires du groupe "Retour à Liège", j'ai l'honneur de  vous souhaiter à tous la bienvenue à la 26ième édition de la fête du peuple fouronnais, ici, dans la salle du centre culturel et sportif de Fourons, lieu de rencontre des Fouronnais, de nombreux francophones des communes voisines du Pays de Herve et de Liège. Ce que j’aime aussi faire remarquer, c’est que ce Centre culturel est également un endroit de détente sportive pour des touristes de passage qu'ils soient flamands ou hollandais.

Le rendez vous politique de la fête du peuple fouronnais est l'occasion annuelle de faire un rapide (et si possible bref) bilan des événements politiques de l'année écoulée et de l'évolution des droits des citoyens francophones des Fourons.

En effet, si on veut parler de l'évolution institutionnelle positive pour les Fouronnais en particulier et les Francophones en général des communes à "facilités" (terme "facilités" mis de plus en plus entre guillemets), mon énumération risque effectivement d'être brève.

Les différentes communautés de ce pays négocient vers plus de régionalisation et donc d'indépendance. Ce qui ne peut être critiqué dans une évolution logique et inévitable de la Belgique, mais au fur et à mesure de la scission de compétences politiques, les Francophones de Flandre, que nous refusons de devenir, se sentent de plus en plus  isolés derrière les murs des nouvelles structures institutionnelles.

Pour ne prendre qu'un exemple, la régionalisation de la loi communale, malgré les garanties que vous nous avez promises avant les dernières élections et ce quel que soit votre bord politique, nous laisse peu de chances lors d'un éventuel recours dans le cadre de la nomination d'un bourgmestre francophone d'une commune à facilités par exemple.

Nous devons admettre, à court terme, que l'organisation des élections sera bientôt différente en Flandre et en Wallonie, et que nous serons contraints et forcés de suivre la législation flamande. On peut imaginer une modification de la loi flamande relative au fonctionnement des collèges, des conseils communaux ou des C.P.A.S. avec le but de nous mettre en difficulté demain sans que quiconque ne puisse intervenir. Vous nous répondrez que toutes les modifications traitant des matières linguistiques sont protégées mais vous me permettrez de douter quand nous constatons que les Circulaires Peeters et Maertens sont toujours d'application et ce depuis 4 ans aujourd'hui. Il faudrait créer un vrai front des Francophones, front qui est naturel chez les Flamands, et risquer une crise politique alors que le "linguistique" n'a vraiment plus la cote. Alors, "laissons faire" pour ne pas utiliser une expression régionale plus crue.

Suite aux promesses faites lors des dernières élections législatives par les  responsables politiques de tous les partis traditionnels, que ce soit sur cette scène ou dans la périphérie, nous avons espéré devenir une monnaie d'échange lors de négociations institutionnelles, recevoir des garanties légales supplémentaires de nos droits contre des exigences flamandes.

Quelles désillusions, Messieurs les politiques, quand nous avons été abandonnés contre des moyens financiers. Le sauvetage de la communauté française était certes un argument de poids, et puis tant pis pour ces quelques milliers de contestataires francophones, qu'ils grognent ou non. "Tout ça ne nous rendra pas le Congo".

Je veux vous parler des Fourons et du "droit des Francophones" et ceci m'oblige à vous demander si, depuis le début de cette intervention, alors que je m'exprime en tant que mandataire francophone démocratiquement élu par la population,alors que je m'adresse à vous en français, vous n'éprouvez pas de problèmes à me comprendre ?

Ce français, la langue de Voltaire, " la belle langue de chez nous" pour paraphraser Yves Duteil,  n'est plus comprise par notre bourgmestre depuis le dernier conseil communal.

De "burgemeester", ex professeur de français, supporter du standard, grand comédien devant l'infini, a décrété que suite à des missives administratives qu'il aurait reçues, il ne peut plus comprendre les interventions verbales en français des mandataires "Retour à Liège" lors des conseils communaux.

Quel beau parcours pour le petit fils d'un ex bourgmestre francophone de Fouron-le-Comte. Après avoir utilisé ses amis bataves pour remporter les élections de manière douteuse, après avoir coupé les ponts que nous entretenions au niveau communal avec des associations liégeoises géographiquement et naturellement proches, après avoir décidé de démonter et d'enlever bientôt la plaine de jeux communale jouxtant notre centre culturel, après avoir mis en vente les immeubles de la commune, après avoir vendu 264 hectares de bois communaux à la région flamande pour la rondelette somme de 5.500.518 euros soit 222 millions de francs belges, une opération "one-shot" qui pourrait à elle seule couvrir l'entièreté du budget communal ordinaire pendant plusieurs années, il poursuit et accélère son combat de flamandisation des Fourons.

Il ne nous comprend plus, il ne nous répond plus et pourtant, nous l'empêcherons de gagner "la troisième guerre mondiale".

Que dire du cruel dossier de notre artisan menuisier Eric Colin ?

Il a eu la mauvaise idée, un jour de ne plus travailler à patron et d'investir pour se mettre à son compte comme artisan.

Un investissement limité comme tout jeune qui débute : une camionnette, deux machines outils qu'il installe dans l'étable existante de la bâtisse de ferme qu'il occupe et dont il est propriétaire.

Malheureusement, il n'a pas tenu compte de son nouveau voisin hollandais qui a investi à Fourons pour ouvrir un centre de vacances et de séminaire. " De wet is de wet" dirait le mayeur. Ce cher nouveau fouronnais essuya un refus de permis de bâtir de l'urbanisme mais il put compter sur l'intervention personnelle de M. Broers, qui défendit avec succès ce dossier auprès de la Députation permanente du Limbourg. En remerciement, le protégé de M. Broers prit une part active à la campagne de VOERBELANGEN (VB) et dès leur victoire aux dernières élections, nantis d'une protection infinie, dans un but d'intégration peut-être, notre hollandais déposa plainte contre son voisin belge pour non respect de la législation urbanistique.

Eric Colin devait rejoindre les 23.000 entreprises installées en Flandres et qui ne sont pas en ordre d'urbanisme. Que dire des 90 % des entreprises fouronnaises qui sont dans le même cas que notre menuisier et qui n'ont pas d'autres possibilités puisqu’ à ce jour, notre commune ne dispose pas de zoning artisanal.

Combien grande fut notre surprise, quand nous constations que le voisin de M. Colin n'avait en rien respecté le permis de bâtir qu'il avait obtenu miraculeusement.

Quelle position allait prendre le bourgmestre de tous, M. Broers, lors du traitement de ces dossiers au conseil communal d'août ?

Une position simple et égale à lui-même, mon cher Manu.

Malgré un avis positif de la division "Nature" de la Région flamande, Eric Colin ne respecte pas la loi et doit par conséquent fermer son entreprise sous peine d'une pose de scellés.

Son voisin batave, bien qu'il n'ait nullement respecté son permis de bâtir, est excusé par mille arguments favorables et l'espoir est formulé que l'urbanisme régularise ce dossier dans les prochains mois.

Deux poids et deux mesures sont notre lot quotidien et je me permet en conclusion, de lancer un appel aux responsables politiques ici présents, pour que vous criiez le soutien des partis que vous représentez.

Nous demandons de vivre normalement en tant que Francophones dans nos communes, sans connaître des discriminations administratives et de langues et sans mettre en cause les droits des Flamands. De pouvoir, sans difficultés et sans remise en question, jouir d'un enseignement francophone et d'un accompagnement culturel de qualité. Les fouronnais doivent pouvoir utiliser les services offerts par la Région wallonne au niveau de la formation des jeunes, de la recherche d'emploi, des soins de santé ou des services mis à la disposition du monde agricole, et je vous rappellerai que lors des négociations de 1995, dans le cadre de ma nomination comme bourgmestre, nous avions rêvé de la création d'antennes administratives wallonnes à Fourons.

Qu'on le veuille ou non, nous avons été les victimes d'un vote historiquement scandaleux en 1963 et nous revendiquons pour cela le droit d'avoir un traitement spécial et exceptionnel.

Merci pour votre présence à notre fête du peuple, merci pour votre engagement. Les Fouronnais vous écoutent et j'ose espérer que vous ne les décevrez pas.

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© jlx@wallon.net  - Dernière modification le 24/12/2005