Intervention de Jean-Louis XHONNEUX,

secrétaire général de l’Action fouronnaise,

à la XVème Conférence des Peuples de Langue française.

 

Bruxelles, le 25 avril 2003

 

J’ai longuement décrit la situation fouronnaise à la conférence de Liège en 1995 et je ne renie rien de ce que j’ai dit là-bas, même si j’y ai innové en employant pour la première fois les termes d’épuration. J’ai dit que cette épuration allait devenir plus systématique. La méthode consistait à déposséder les francophones autochtones et à les remplacer. La poussée hollandaise sur les propriétés immobilières était énorme et les prix montaient…

La résolution concernant les Fourons du congrès de Jonquière dénonçait l’attitude du ministre flamand de l’intérieur qui voulait notamment imposer sa censure sur le contenu d’un bulletin communal fouronnais. Par une approche révisionniste de l’histoire, il voulait empêcher les Fouronnais de rappeler que l’annexion des Fourons au Limbourg avait été acquise par un vote d’une majorité de parlementaires flamands contre une majorité de parlementaires wallons et francophones ; de même, il voulait interdire de parler du nationalisme flamand.

Voilà, chers amis de la Conférence des Peuples de Langue française, ce que je vous ai dit, à vous ou à ceux qui étaient à votre place, en 1995 et en 1997.

La situation a évolué.

Depuis plusieurs années, nous nous opposons à la volonté des ministres flamands Van den Brande, Peeters et Martens qui ont donné une interprétation restrictive des facilités, qui ont été bétonnées dans la Constitution belge pour nous, comme ils disaient. L'auditeur du Conseil d'État a conforté nos thèses, mais le gouvernement flamand persiste à dire que les facilités ne seront jamais éternelles.  

Les élections communales du 8 octobre 2000 ont donné la majorité communale à la liste flamande "VOERBELANGEN (VB)", mais "Retour à Liège" a conservé la majorité au Conseil de l'Aide sociale, pour lequel ne votaient que les électeurs belges.

Ce renversement de la majorité n'a été possible que grâce à la participation massive des électeurs hollandais. Sans cela, comme le montrent les résultats pour le C.P.A.S. et même pour les élections provinciales, "Retour à Liège" améliorait encore son score.

Il est en effet nécessaire de s’interroger sur ces Hollandais qui ont été très motivés pour voter. En Hollande, la participation est libre aux élections et ils atteignent rarement une participation de 70 %. Dans toutes les autres communes de Belgique où les étrangers pouvaient voter en 2000, on a rarement dépassé l’inscription de 25 % des étrangers qui remplissaient les conditions. Fourons s’illustre avec une participation de 90 % des étrangers.

L'évolution des résultats des élections communales à Fourons est la suivante:

Année

VOERBELANGEN (VB)

%

Sièges

Retour à Liège

%

Sièges

Electeurs présents

Nuls ou blancs

1976

 

36,99

5

 

63,01

10

 

 

1982

1.034

36,37

5

1.739

61,17

10

2.843

70

1988

1.083

39,07

6

1.610

58,08

9

2.772

79

1988

CPAS

1.080

38,96

3

1523

54,94

6

2.772

169

1994

1.129

42,96

7

1.398

53,20

8

2.628

101

1994

CPAS

1.147

43,64

4

1.295

49,27

5

2.628

186

2000

1.604

51,25

8

1.433

45,78

7

3.130

93

2000

CPAS

1.140

44,25

4

1.328

51,55

5

2.576

108

Depuis 1964, nous avons gagné toutes les élections, sauf la dernière.

Le nouveau conseil communal a été installé le 30 janvier 2001 et Huub Broers en est devenu le bourgmestre. J’avais critiqué en 1995 le collège proportionnel qui nous imposait la présence de l’échevin Broers avec un énorme droit de veto. Maintenant, c’est notre ancien bourgmestre José Smeets qui remplit ce rôle d’échevin de l’opposition et qui a le droit de renvoyer les dossiers vers le conseil communal. Il a, par rapport à Broers, l’énorme désavantage de ne pas avoir de relais à la tutelle.

La nouvelle majorité hollando-flamingante, conduite par le bourgmestre Broers, porté au pouvoir par les Hollandais et les cadeaux du Marnixring, a accéléré la machine infernale du nettoyage ethnique.

Sans aucun état d'âme et avec un large sourire aux lèvres, les sbires de VOERBELANGEN (VB) ont commencé à « faire le ménage » dans la maison fouronnaise en mettant 40 personnes - la plupart francophones - à la rue. Mais ils s’illustrent aussi par un besoin permanent de réglementer tout (ce soir, le conseil communal va s’occuper du bruit et de l’aboiement des chiens), d’effacer les traces du passé (nous avions planté des « arbres de la liberté » ; ils les ont sciés) ou de remettre en cause les coopérations qui existaient avec les communes voisines de Wallonie (ils ont déclaré que l’eau provenant de Wallonie était impropre à la consommation… et maintenant c’est la société d’électricité Intermosane qui est de plus en plus contestée).

Les élus VOERBELANGEN (VB) sont entrés par la petite porte dans l'histoire fouronnaise en posant comme premier acte politique la vente d'habitations communales à loyer modéré. Ils jetaient, par cet acte odieux et hypocrite relevant du racisme le plus primaire, dans le désarroi le plus profond, 15 enfants et 25 adultes dont plusieurs personnes âgées.

Les victimes de ce harcèlement tant psychologique que physique ne disposaient d'aucune réelle possibilité de se reloger à Fourons.  Cet acte, prenant pour alibi l'assainissement des finances communales, a été posé au mépris de toute justice sociale élémentaire.

VOERBELANGEN (VB), au cours de sa campagne « quadrilingue », prônait l'ouverture et la tolérance. En réalité, les Fourons sont « ouverts » au départ "forcé" des Francophones et la seule langue encore autorisée est le flamand.

Cette première phase de nettoyage et de dessaisissement du patrimoine de la communauté fouronnaise devait rapporter, selon l'estimation des nouveaux « apprentis sorciers », près de 150.000.000 de francs belges (± 3.750.000 €) pour la flamandisation de la commune.

Après les incidents des deux ventes publiques, le ministre van Grembergen avait décidé de racheter les biens mis en vente en promettant de permettre aux locataires en place, s'ils répondaient aux critères pour occuper une habitation sociale, d'y rester. Mais, le ministre van Grembergen n'a pas tenu sa promesse.

Deux ans plus tard, je dois avouer qu’ils sont arrivés à quelques résultats concrets : la plupart des locataires francophones mis sous pression sont partis et quelques immeubles ont été vendus (à des Hollandais). Entre-temps, la ministre Agalev Vera Dua leur a fait un énorme cadeau en rachetant tous les bois communaux pour en faire des réserves naturelles flamandes.

D’autres hypothèques financières, qui pesaient depuis des années sur les finances communales (amendes, récupérations des subventions, etc.), et qui leur ont permis d’expliquer le nécessaire assainissement des finances communales dont je parlais il y a un moment, ont mystérieusement été effacées.

J’avais attiré votre attention à Liège sur le fait qu’on nous obligeait à tout rédiger en néerlandais. En août 2002, Broers a annoncé au conseil communal qu’il lui était désormais interdit d’encore répondre à une question qui lui serait posée en français par un conseiller « Retour à Liège ».

Quid maintenant ? Devons-nous nous croiser les bras et déménager ?

Les résultats des élections montrent que le nombre d’électeurs francophones a augmenté d’une trentaine entre 1994 et 2000, aussi bien pour le conseil communal que pour le C.P.A.S.

Nous étions une majorité minoritaire (majorité démocratique, mais minorité légale), maintenant nous sommes plus nombreux encore puisque le nombre de nos électeurs était en augmentation, mais nous ne sommes plus qu’une minorité légale. Mais une minorité qui ne se laissera pas faire et c’est pour cela que nous sommes toujours parmi vous.

Nous comptons évidemment beaucoup sur l’apport de la Convention européenne. Lors de sa tournée belge, nous avons reçu Mme Nabholz et nous lui avons expliqué notre situation. C’est pour cela que vous ne trouverez pas de résolution spécifiquement fouronnaise aujourd’hui : nous nous contenterons de celle de Wallonie-Bruxelles qui insiste sur la protection des droits qu’offre la Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la protection des minorités.

Un nouveau test est devant nous. Il s’agit des élections du 18 mai prochain. Les deux ministres de l’intérieur, le fédéral et le flamand, Duquesne et Van Grembergen, ont déjà envoyé des circulaires contradictoires. Nous serons très vite fixés sur la volonté de pacification de nos autorités. Mettront-elles tout en œuvre pour que les Francophones reçoivent leurs convocations dans leur langue et pour qu’ils puissent aller voter à Aubel ? Ou saboteront-elles tout cela en n’envoyant que les convocations en néerlandais et en passant sous silence le droit d’aller voter pour des candidats wallons et francophones ?

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© jlx@wallon.net  - Dernière modification le 24/12/2005