Courrendlin, le 19 décembre 2003.

Réception officielle organisée à l’occasion de l’élection de Pierre-André Comte, député-maire de Vellerat, à la présidence du Parlement jurassien.

 

Intervention de Jean-Louis Xhonneux, secrétaire général de l’Action fouronnaise.

 

C’est le 10 septembre 1983 exactement, dans le cadre de la 36ème Fête du Peuple jurassien qui avait réuni 45.000 personnes – les temps changent – que nous avons célébré le jumelage Vellerat – Fourons.

Après avoir souligné le caractère non formel de ce jumelage, M. Jean-Marie Bres­sant, président de l'Union mondiale des villes jume­lées, avait développé l'attitude contes­tataire des deux communes qui ne se traduisait aucunement, bien au con­traire, par le repli sur soi-­même et sur le rejet des disciplines sociales. Dans l'allégresse géné­rale, M. Bressant avait ensuite procédé à la cérémonie protocolaire de ce jumelage s'inscrivant dans le con­texte de l'unité des cités du globe. Très politique dans son discours, José Happart , bourgmestre f.f., avait insisté sur le souhait de sa com­mune d'internationaliser le pro­blème et de lutter avec Vellerat con­tre «le même oppresseur d'origine germanique». «Nous devons lutter car nous savons ce que nous devons subir comme oppression, avait insisté José Happart, qui ajouta «la force de notre combat est d'avoir raison et d'oser le dire».

Roland Béguelin était le père spirituel de ce jumelage comme il était aussi parmi les fondateurs de la Conférence des Peuples de Langue française. Mais je reviendrai plus tard à nos relations au sein de cette organisation. 

Le jour de notre jumelage, Roland Béguelin, faisant référence à la Bible, s'était déclaré convaincu « de la victoire future des deux David face à leur Goliath respectif».

Et nous avons fêté ensemble la victoire de Vellerat le 1er juillet 1996. La lutte du Peuple jurassien dure maintenant depuis 188 ans. Vellerat a gagné après 181 ans. Fourons est annexé au Limbourg depuis 40 ans. L’espoir est donc encore permis.

Oui, nous sommes un peu dans le creux de la vague actuellement aux Fourons puisque nous avons perdu la majorité au conseil communal à cause du vote des électeurs hollandais, mais la détermination de notre population n’en est pas changée.

Pierre-André Comte m’avait invité à prendre la parole aujourd’hui au nom de la commune des Fourons. Avant de partir, j’ai donc interrogé le bourgmestre afin de savoir s’il souhaitait que je transmette ici un message de courtoisie. José Smeets vient de me communiquer la réponse par téléphone : au lieu d’un message de courtoisie, la majorité flamande a inscrit une nouvelle fois la suppression du jumelage avec Vellerat à l’ordre du jour du conseil communal de mardi prochain. Voilà leur sens de la courtoisie, mais on le connaissait déjà depuis l’intervention musclée d’un ambassadeur flamand de Belgique à l’égard de la commune de Vellerat. Je m’exprime donc uniquement au nom de la population francophone des Fourons et au nom de l’Action fouronnaise.

Comme vous le savez, José Happart a quitté officiellement les Fourons et il est maintenant ministre de l’agriculture et de la ruralité de la Région wallonne. Son frère Jean-Marie est Questeur du Sénat fédéral, élu direct de la circonscription Wallonie-Bruxelles. Nous avons donc déjà eu, comme vous, chers amis de Vellerat, la joie de célébrer l’arrivée de certains de nos représentants à de hautes fonctions. Lorsque José Happart est devenu ministre, nous avons d’ailleurs accueilli avec énormément de plaisir une délégation de Vellerat conduite par Pierre-André Comte.

Ces nouvelles fonctions importantes de Pierre-André Comte me permettent de revenir sur un sujet que j’avais annoncé un peu plus tôt. C’est la Conférence des Peuples de Langue française, plutôt la Conférence des Minorités ethniques de langue française, comme on osait le dire à l’époque, fondée par Marcel Thiry de Wallonie, Pierre Fosson du Val d’Aoste et Roland Béguelin du Jura.

Cette conférence a l’air de s’épuiser actuellement parce que beaucoup d’objectifs des initiateurs, qui n’étaient pas encore tous mandataires politiques à l’époque, ont été atteints. Je me rappelle ainsi qu’un des sujets de préoccupation de nos participants aux conférences était la mise en place d’accords de coopération entre les parlements de nos Régions.  Une Wallonie autonome ayant un parlement qui aurait des relations extérieures officielles avec le Jura, je crois que Marcel Thiry n’osait même pas en rêver, pourtant cela existe maintenant et notre ami Pierre-André peut en témoigner.

Maintenant que ses objectifs institutionnels ont été atteints, la Conférence des Peuples de Langue française doit peut-être repenser son rôle qui pourrait s’avérer utile comme lien entre les organisations militantes pour le droit des peuples. Et là nous tombons sur une de nos difficultés : notre amour de la langue française et, par conséquent, de la France, la patrie des droits de l’homme, peut-il nous faire oublier que la France n’est pas précisément la patrie du droit des peuples ? Heureusement que la Jeunesse jurassienne, et le Groupe Bélier en particulier, nous l’ont rappelé quelques fois en invitant ici les Basques, Catalans, Corses ou Bretons.

Voilà qui nous montre qu’on peut être facilement amené à courir deux lièvres à la fois. Puisse notre ami Pierre-André, dans ses nouvelles honorables et hautes fonctions, ne jamais oublier les militants de Vellerat qui l’ont amené là. Au nom de la population francophone des Fourons, je lui adresse nos plus chaleureuses félicitations.

 

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© jlx@wallon.net  - Dernière modification le 24/12/2005

 

  Paysage jurassien en hiver (20/12/2003).

 

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